Le frère Paul Adrien fait une synthèse astucieuse et inspirée de l'encyclique Magnifica Humanitas.
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L'IA, création destructrice?

Depuis Joseph Schumpeter, le progrès économique est généralement interprété à travers le prisme de la « destruction créatrice ». Chaque grande innovation détruit des activités anciennes mais en fait naître de nouvelles. Le chemin de fer a remplacé la traction animale. L’automobile a supplanté la diligence. L’ordinateur a fait disparaître certains métiers administratifs tout en créant une industrie entière autour du numérique. Malgré les inquiétudes récurrentes suscitées par ces transformations, les économies développées ont jusqu’à présent démontré une remarquable capacité à recréer davantage d’emplois qu’elles n’en supprimaient.
L’intelligence artificielle pourrait cependant introduire une rupture de nature différente. Contrairement aux révolutions technologiques précédentes, elle ne se contente pas d’automatiser une tâche physique ou de remplacer un outil par un autre. Elle automatise désormais une partie croissante des activités cognitives. Rédiger un texte, analyser des données, produire du code informatique, réaliser une traduction, générer une image ou assister une décision juridique deviennent progressivement accessibles à des systèmes capables d’exécuter ces fonctions à grande échelle.
La différence est fondamentale. Lorsqu’un tracteur remplace un cheval, l’agriculteur demeure indispensable. Lorsque l’intelligence artificielle accomplit certaines tâches intellectuelles, c’est une partie du travail humain lui-même qui se trouve directement concurrencée. Certes, l’IA génère de nouveaux besoins et fait émerger de nouveaux métiers. Mais rien ne garantit que ces créations compenseront quantitativement les capacités de substitution qu’elle introduit. Pour la première fois, une technologie généraliste semble capable de reproduire simultanément un large éventail de compétences intellectuelles autrefois réservées aux humains.
Plus préoccupant encore, l’intelligence artificielle risque de fragiliser les fondements mêmes qui alimentent son développement. Les modèles génératifs sont entraînés à partir de contenus créés par des individus : livres, articles, logiciels, œuvres artistiques ou productions scientifiques. Si la valeur économique de ces activités venait à s’éroder durablement, qui produira demain les contenus originaux nécessaires à l’apprentissage des générations futures d’intelligences artificielles ?
Nous pourrions alors assister à un phénomène inédit : une innovation qui affaiblit progressivement l’écosystème dont elle dépend pour prospérer. C’est pourquoi la notion de destruction créatrice apparaît aujourd’hui insuffisante pour décrire les mutations en cours. L’intelligence artificielle semble parfois relever d’une logique inverse : celle d’une création destructrice. La création technologique ne succède plus à la destruction ; elle en devient directement l’agent. Cette évolution soulève une interrogation plus profonde encore. Depuis deux siècles, nos sociétés ont établi un lien étroit entre progrès, création de richesse et emploi. Or l’intelligence artificielle laisse entrevoir la possibilité d’une croissance économique de plus en plus découplée du travail humain. Une entreprise pourrait demain produire davantage de valeur avec beaucoup moins de salariés.
Dans un tel contexte, la question centrale n’est plus seulement celle de l’emploi. Elle devient celle de la répartition de la valeur, du rôle du travail dans la société et de la place de l’individu dans une économie où l’intelligence elle-même devient partiellement automatisable. L’enjeu dépasse ainsi largement la technologie. Il touche à notre conception du mérite, de la contribution et de l’utilité sociale. En ce sens, l’intelligence artificielle n’est peut-être pas seulement une révolution économique. Elle pourrait constituer l’une des premières grandes révolutions anthropologiques du XXIe siècle.
Bertrand Jouvenot a publié sur son site des "bonnes feuilles" de mon livre, que je vous laisse découvrir. -
Un parrain de l'IA contre l'IA
Une fois de plus, l'un des "parrains de l'IA" ne reconnait pas son enfant...
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Dans toutes les bonnes librairies...
Le terme « Intelligence Artificielle » est un oxymore, une contradiction dans les termes. La chose elle même est une énorme masse de « 0 » et de « 1 » qui ne distingue ni le Vrai du Faux, ni le Bien du Mal, ni le Beau du Laid, ni le Féminin du Masculin. Elle n’est pas du tout une « intelligence », mais une simple et monstrueuse mémoire informatique augmentée.Avec l’IA dite « générative », type ChatGPT, nous avons tendance à confondre la Carte et le Territoire. En quelques années, l’IA a envahi le monde, avec des différences notoires selon les cultures : sans règle ni limites autres que celles de l’argent, dans le monde anglo-saxon ; sous le contrôle du Parti communiste et de la tradition de copiage des mandarins dans le gigantesque intranet chinois ; enfin, avec quelques tentatives timides de régulation en Europe continentale.
Rien ne semble pouvoir arrêter l’artificialisation de l’intelligence humaine, et ses conséquences désastreuses sur l’environnement. Toute forme de libre-arbitre humain est vouée à reculer, puis à disparaître devant l’irrésistible déferlement des « 0 » et des « 1 ». Tout est donc perdu pour Homo Sapiens, étrange exception de liberté dans un cosmos déterministe.
Tout est perdu, avait dit la Pythie de Delphe aux Grecs apeurés. Vous ne devrez votre salut, peut-être, qu’à une étrange « muraille de bois »…
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"L'IA doit-être désarmée"
Très riche débat entre philosophes organisé après la publication de l'encyclique papale sur l'IA: Gabrielle Halpern et Eric Sadin. A vous de commenter.